Rien qu'un courant d'air

Publié le par Aimedjee

Une larme coule sur sa joue puis une seconde, de l’autre côté, toute aussi lourde.
Elle ne pleure pas, croit-elle, même si… Dans son cœur peut-être, un brin de mélancolie tente de prendre racine.
Alors pourquoi ces perles d’eau salée ?
Elle se souvient.
 
Hier, dans l’auto verte qui roulait d’un virage à l’autre, entre les villages de la montagne placide, les fenêtres sont restées ouvertes sur ses yeux fragiles…
- Cela ne te dérange pas ? a demandé l'ami prévenant.
- Non, non ! a-t-elle répondu de sa place à l’arrière de l’auto.
Il faisait si chaud. Sans climatisation, l’habitacle avait besoin d’air. Alors elle avait juste un peu tourné la tête et plissé discrètement le regard.
Elle avait senti la claque du vent fabriquée par la vitesse, pourtant très relative,  heurter sa peau et s’engouffrer dans ses cheveux courts.
Ses yeux avaient signifié leur clair désaccord par une sécheresse intempestive, mais il était déjà trop tard.
Ce matin, au réveil, son regard a semblé ne pas vouloir s’ouvrir sur le monde. Une humeur collante et jaunâtre empêchait ses paupières de se séparer tout à fait l’une de l’autre.
Après avoir rincé son visage à l’eau claire, elle a découvert, dans le miroir, les conjonctives sensibles et rouges. 
- C'était prévisible, a-t-elle pensé. Un courant d'air dans les yeux, c'est tout.
Elle n’a pas pleuré. Pas tout de suite. Même si… dans sa gorge, peut-être, une boule de triste lassitude grossissait sans crier gare.
Il a fallu quelques battements de cils, et une première larme a glissé sur l’arête du nez. La seconde n'a pas tardé, roulant tout droit sur la joue fraîche.
 
A la troisième larme qui s'annonce pour céder très vite la place à la suivante, elle ne peut plus rien retenir. Ses narines se dilatent. Elle renifle une fois, puis une seconde sans parvenir à freiner le filet de morve qui dévale la trace de l'ange jusqu'à sa lèvre.
- Ce n'est rien, tout va bien. Elle tâche encore de se convaincre. Je n'ai aucune raison de pleurer.  
Sans trop y croire, son reflet dans le miroir reste sans voix.
Elle a hoqueté avant de se laisser choir sur le carrelage marbré, le visage pris entre ses mains. Des sanglots irrépressibles secouent son corps qui lâche.
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Publié dans Brins de fiction

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C
Très beau texte, et très plastique: on pourrait presque dessiner ce corps en train de pleurer.
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A
Ben dis donc, je ne sais plus où me mettre moi ! Je prends ce commentaire en plein coeur Ceher, avec toutes les bonnes ondes qui s'en dégagent. Je te remercie et t'embrasse tendrement...