J - 13

Publié le par Aimedjee

Il n'y a aucune raison.
Elle angoisse pour pas grand chose.
A-t-elle seulement des raisons d'angoisser ?
Elle angoisse parce qu'elle a peur.
C'est humain non ?
 
C'est comme ça, elle a peur.
Peur du crash dans un océan immense ou sur une montagne de glace.
Peur de la piqûre d'insecte qui tue, de la morsure de fauve qui croque.
Peur des guerres intestines, du guet-apens, de l'enlèvement.
Peur des gens à la mine patibulaire dans les rues sales et cabossées.
Peur du chaud brûlant dans le désert, du froid pétrifiant sous la nuit étoilée.
Peur de la perte des papiers, du sac à dos ou pire, qu'il perde la tête.
Peur de la maladie qui terrasse, de l'accident qui blesse grave.
Peur du tsunami, du typhon, du ras-de-marée, du feu de brousse.
Peur de tout et de n'importe quoi.
 
Parce qu'il s'en va, loin, très loin,
pour un voyage à durée indéterminée,
son tout petit, son enfant, son fils.
Il part sur le chemin de ses rêves,
à la rencontre de lui-même et des autres.
Elle a peur de tous les dangers
et surtout de le perdre
mais ne le retient pas.
Sa vie est hors de la sienne.
 
Elle lui a donné la vie.
Il en est l'unique créateur.
Même si un lien fort existe entre eux,
ni l'un ni l'autre ne doit s'y attacher.
L'amour se vit transfiguré,
par le détachement
qui éveille à être libre.

Publié dans Extraits d'ordinaire

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Coumarine 12/11/2014 15:59

on a beau dire et se dire qu'on n'a aucune raison de s'en faire... le coeur maternel est fait de cette sorte qu'il cogne trop souvent à contretemps, dans la crainte, dans l'angoisse, dans la joie aussi
J'ai des raisons de m'en faire, avec mes cinq rejetons... malgré skype, malgré tous les moyens technologiques...

Aimedjee 13/11/2014 21:40

Ah marraine soleil, comme c'est bon de te lire et de se sentir comprise. L'épreuve de l'absence de ses enfants n'est déjà pas facile, mais quand la distance s'en mêle ça fait encore plus mal. C'est donc vrai, on reste maman toute notre vie...

Blandine 07/11/2014 21:27

OUI c'est tellement fort ce lien de sang, de coeur et d'amour ! Moi aussi j'ai senti une grosse pierre sur ma poitrine quand Antoine est parti à l'autre bout de la terre sans crier gare, par surprise elle s'est posée lourdement, deux jours seulement et les liens se sont fortifiés car Il avait besoin de ça pour aimer. Quelle aventure n'est ce pas chère amie ?

Aimedjee 09/11/2014 20:00

Une grosse pierre qui, en ces jours, m'alourdit le coeur... Mais comme tu le dis, chère Blandine, quelle aventure, pour mon fils comme pour moi. Nous allons grandir éloignés l'un de l'autre et fortifier, chacun de notre côté, ce lien universel qui se nomme Amour... La pierre en deviendra d'autant plus précieuse...

celestine 05/11/2014 19:16

Elle oublie qu'au XXI° siècle, il y a facebook, et Skype et toute cette sorte de choses...
Et que le fils prodigue n'est jamais bien loin, du coup.
Quand ma fille était au bout du monde, je me promenais en son appartement comme si elle avait été au bout de la rue.
Ton texte est néanmoins très émouvant et si bien écrit...

Aimedjee 05/11/2014 20:57

Oh mais non, chère Célestine, elle n'oublie pas toutes les petites merveilles de notre temps. D'ailleurs le fils prodigue emporte son lot technologique entre la popote et le sac de couchage. Mais c'est plus fort qu'elle, que veux-tu, elle doit encore avoir un bout de cordon ombilical qui est emberlificoté au fin fond de ses entrailles !.... ;-)

Marie 05/11/2014 09:34

Elle a les mêmes peurs, exactement.
Tout le temps.
Pourtant ses petits à elle ne sont pas bien loin.
Ses deux grands fils merveilleux...
Oui c'est humain, c'est surtout si terriblement maternel.

En toute sororité,
la passante (moins silencieuse)

Aimedjee 05/11/2014 20:43

Elle aussi a deux grands fils merveilleux... Avoir... Elle ne les possède pas pourtant, mais elle se sent vraiment, quelques fois, possédée par cet amour maternel si envahissant...
Merci de passer, Marie, en douce discrétion...