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Publié le par Aimedjee

Ainsi les jours défilent, déployant leurs heures au vent de la vie qui toujours s'anime... 

Elle a survécu à l'absence, bien que celle-ci ait creusé en son être, une faille aussi profonde qu'un abîme. Elle a craint de s'y perdre. Mais ce trou glauque n'était rien d'autre qu'une grosse peur qui enfle, se gonfle comme un ballon de baudruche. Il aura fallu qu'elle se pique au je de son désespoir pour que sa peur éclate en mille morceaux ridicules. Non, pas ridicules, car ce sont ces bribes là qui maintenant lui redonnent un élan vers elle-même.

Pourtant, elle n'a pas lâché prise, ainsi que lui suggerait une amie. Comment cela pourrait-il lui être possible ? Elle ne s'imagine ni lâcher, ni couper ce cordon invisible qui la relie à son fils. Sa présence lovée à l'intérieur d'elle lui est définitivement acquise, sans attache, avec cet amour qui laisse l'enfant devenir aussi libre que l'air.

Elle a simplement lâché du lest, laissant ce lien gagner, en souplesse, une élasticité qui tend vers un amour plus grand encore, appartenant à l'univers. Un lien qui ne peut être une entrave,  car détaché de l'espace et du temps.

La veille du départ, elle a hurlé, non pas à la mort, mais à la vie. Des larmes intimes cinglaient son coeur. Elle a préféré les laisser couler hors de la maison, loin des siens, surtout loin de son fils. Un pré au bout du village a accueilli sa peine. Des sanglots saccadés ont précédé les gémissements de bête blessée qui se sont déployés jusqu'au hurlement final.

Elle a été surprise de s'entendre, car ce cri, elle l'avait déjà exprimé. Son souvenir lui est revenu. C'était le même, exactement. Celui de la déchirure. Pour la seconde fois, l'accouchement d'un fils. 

Au retour, elle a respiré avec une ampleur nouvelle, soulagée. Dans la nuit naissante, la pluie commençait à tomber jusqu'à se fondre au sel de ses larmes. 

La boucle venait de se boucler sur une nouvelle délivrance.

Dorénavant, l'absence n'y changerait rien. L'essence de leur lien toujours présente, nourrirait du meilleur partagé,  le souffle de leur vie.

Publié dans Extraits d'ordinaire

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Célestine 20/12/2014 21:17

Très émouvant ton récit, Aimedjee
Cette nouvelle naissance t'a-t-elle parmis de retrouver ta sérénité ? D'où vient qu'un si beau talent d'écriture reste muet depuis si longtemps?
Je te souhaite de très belles fêtes de Noël.

Aimedjee 24/12/2014 11:50

Chère Célestine, ma réponse, je te la donne en partie, dans mon dernier billet. Et puis, il y a eu ce déchirement de la séparation avec mon fils qui me fit affronter une tempête intérieure violente mais libératrice. Depuis une semaine, mon père, se noyant dans ses angoisses et ruminations, a été de nouveau hospitalisé.
Je te remercie du fond du coeur de croire en un talent que je doute encore d'habiter. C'est parce que je rencontre des personnes comme toi que je peux espérer me révéler davantage. Par le don des autres, je me donne à être pour donner à mon tour.
Je te souhaite de capter la lumière des fêtes pour illuminer la belle personne que tu es.
Je t'embrasse tendrement. A tout bientôt.