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Publié le par Aimedjee

Check-list... Et quand bien même il aurait oublié quelque chose, c'est un peu tard pour y remédier. Demain, au petit matin, nous l'accompagnerons à la gare. Il prendra le TGV jusqu'à Roissy-Charles de Gaulle, puis montera dans un avion gros comme je ne sais quoi, s'envolant pour Le Cap, Afrique du Sud, avec une escale de neuf heures à Istambul.

Demain... Demain, quand il sera parti, j'aurai un pincement au coeur en découvrant ses chaussures qui traîneront toujours dans le couloir. J'irai, sans doute, faire un pélerinage dans sa chambre, y pleurer toutes les larmes de mon corps en reniflant dans son oreiller son odeur de globe-trotter. Peut-être gratterai-je les cordes de sa guitare dans l'espoir qu'un son magique me le fasse revenir ici et maintenant. 

Je ne pourrai que constater son absence et faire le choix de m'y appesantir en hurlant à la mort mon chagrin de mère abandonnée à ses angoisses. Tout ce qu'il faut pour me persuader de baigner dorénavant dans un malheur incommensurable.

A moins que j'accepte de contempler le vide laissé dans ma vie par ce départ filial et que je me dise, pleine de rebondissements intérieurs, qu'il y a de la place pour passer à autre chose. Et puis, rassérénée qu'un embryon de projet pointe le bout de son nez au milieu de cette trouée existentielle, je pourrai enfin me réjouir, en communion avec mon fils, du goût épicé de son voyage initiatique.

En attendant, je souffre mais je ne suis pas malheureuse...

Publié dans Extraits d'ordinaire

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celestine 17/11/2014 21:31

Ah ma douce...Je connais ce sentiment au début on croit qu'on ne s'y fera jamais et puis on s'habitue, et nous voilà à nous autoriser à être heureuse que nous enfants soient heureux loin de nous.
Une nouvelle vie commence et tout est bien.
Ton texte est très beau, cela dit. Et d'une justesse émouvante.
Bises célestes

Aimedjee 21/11/2014 21:19

Angélique Célestine, il a fallu avaler la pilule. Même si elle laisse encore un goût amer dans la bouche, peu à peu, elle apaise cette souffrance qui déchire. C'est exact, les premiers jours, je me demandais comment j'allais m'en sortir et puis cette absence commence à se caler dans ma vie, à trouver sa place. Oui, j'espère que mon fils fait son chemin loin de moi et au plus près de lui.
Je te suis très reconnaissante pour ton compliment, il tombe à pic. Il nourrit en moi ce désir de plus en plus présent de donner à lire mon brin d'humanité fragile et éphémère, à la fois aussi semblable et différent que celui des autres...Je t'embrasse avec une gratitude toute veloutée.