Eté indien

Publié le par Aimedjee

Le vent souffle sous sa robe légère. A la caresse de ces doigts invisibles qui soulèvent le voile de coton fleuri, elle rit comme une enfant prise en flagrant délit de bonheur. Ses cuisses s'habillent d'une chair de poule que parcourt un délicieux frisson. Le vent continue sa ronde sur son jeune corps tandis que le soleil chauffe son visage et ses épaules dénudées. Ses cheveux aux reflets de braise, prisonniers d'un bout de ruban assorti à sa robe, virevoltent dans son dos en une queue de cheval épaisse. C'est l'été, elle respire la vie et elle veut que cela se sache.

L'enceinte de la maison d'arrêt s'élève en dehors de la ville. Mur de béton dans une campagne infertile. La clôture renforcée de barbelés éloigne le terrain vaguement vert d'herbes folles qui tentent de s'élancer hors du sol caillouteux. Plus loin, les tours d'un quartier de troisième zone heurtent l'horizon bleuté. 

Elle roule sur le chemin de terre. Sa bicyclette la déséquilibre en de joyeux soubresauts. Elle ne pédale pas, elle danse. Entre ses seins, des gouttes de sueur exhalent leur parfum musqué. Alors qu'elle s'approche de la prison, des têtes apparaissent derrière les barreaux des fenêtres. Depuis le début de l'été, elle se présente aux abords des grands murs, toujours à la même heure, quand le soleil allonge les ombres sur le sol tiède.

Un premier sifflement vient percer l'air chaud et fait vibrer ses tympans à l'affût. Ses narines frémissent de plaisir. Un deuxième sifflement ne se fait pas attendre, suivi d'un troisième. C'est ainsi, chaque fois qu'elle revient.

Elle lâche le vélo qui tombe puis elle tournoye sur elle-même, les bras ivres. La robe se soulève, dévoilant le galbe des jambes veloutées. 

Aux fenêtres du bâtiment sévère, les hommes lui font des signes. Elle lève les yeux jusqu'à leurs visages trop lointains pour y percevoir les regards brûlants. Elle imagine ces hommes les muscles bandés, s'accrochant aux barrreaux, dans l'espoir de voler cette image fugace d'une femme échappée de leurs fantasmes. Elle sait qu'elle exaspère leur désir et se réjouit d'être inaccessible. Cependant, elle n'ignore pas qu'au-delà d'elle, c'est le corps féminin que ces hommes appellent.

Elle a eu ce qu'elle voulait. Enfourchant sa bicyclette, elle lève la jambe au-dessus de la selle, le temps de révéler sa culotte dont la bordure de dentelles souligne la naissance des cuisses. Puis elle s'en retourne sur le chemin, satisfaite. 

En riant à pleine gorge, l'éphémère princesse convoitée jusqu'à la folie, s'évade grisée par son audace. Elle reviendra demain et encore, jusqu'à la première fraîcheur des jours de l'automne.

Publié dans Brins de fiction

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Candide, subjugué... 22/09/2014 03:42

Oulààà, si désirable ! ;o)

celestine 21/09/2014 01:12

Très joli texte, sensuel comme j'aime.

Aimedjee 21/09/2014 22:56

Je te remercie infiniment Célestine. J'aime aussi que les sens aillent dans tous les sens !.... C'est l'essence même de la créativité...